Ambre était attablée à la terrasse d'un café. Malgré le froid, la buisness woman qu'elle était, avait tenu à s'assoir à l'extérieur du Starbucks qu'elle fréquentait souvent. Elle venait seulement de finir sa journée et avait envie de rester à l'air frais, pour respirer un autre air que celui de son appartement vide et froid. Elle s'était dit : " après tout, à New York personne n'est jamais seul" et s'était assise sous le parasol chauffant de la terrasse en regardant les passants sans les voir. Elle resta ainsi pendant de longues minutes, à siroter son caffelatte et à regarder dans le vide. Et sur un coup de tête, comme pratiquement toutes les choses qu'elle entreprenait, elle se leva, alla régler l'addition et partit. Elle longea les rues jusqu'à se retrouver devant un grand immeuble. Ce n'était pas un HLM, non, non, c'était un bâtiment rempli d'appartements dont le loyer mensuel, était égal au revenu annuel d'un mexicain dans le Queens. Ambre poussa sa porte et rougit aussitôt à cause de la chaleur qui regnait dans le hall. Nigel, le concierge la salua d'un signe de tête.
<< Comment allez vous? lui demanda-t-il.
- Toujours, et vous, votre femme?
- Elle va bien, merci pour elle. >>
Les banalités courantes quoi, mais Ambre aimait bien Nigel. Contrairement aux autres résidents de l'immeuble, elle le considérait comme une personne à part entière, et non un sous-fifre juste bon à nettoyer les sols. Elle avança jusqu'à l'ascenseur, tendit la main vers le bouton et se résigna. Elle était claustrophobe et cette machine tombait régulièrement en panne. Le choix ayant vite été fait, elle se dirigea vers les escaliers, qu'elle monta quatre à quatre, pour déboucher sur un palier luxueux. En ouvrant la porte de son appartement, elle réprima un bâillement et laissa tomber son sac par terre avant de se précipiter sur son lit, à la manière d'une adolescente trop gâtée. Ce qu'elle aimait par dessus tout ici, c'était le fait qu'elle pouvait s'allonger avec un peu de musique sans que quelqu'un ne vienne la déranger. Quand elle était chez ses parents, en Pennsylvanie, elle avait toujours la crainte d'être réveillée par une main bienveillante posée sur son épaule, ou par une voix qui lui demandait si tout allait bien. Elle n'aimait pas cette sollicitude que les personnes âgées avaient pour elle. Elle n'aimait pas la sollicitude tout court, en fin de comptes. Ce fut d'ailleurs la dernière pensée qui traversa son esprit avant qu'elle sombre dans le sommeil lourd et profond des gens meurtris de fatigue.